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Etude Litteraire Dissertation Sample

Exemple de dissertation

Objet d’étude : convaincre, persuader et délibérer

Les textes littéraires et les formes d’argumentation souvent complexes qu’ils proposent vous paraissent-ils être un moyen efficace de convaincre et persuader ?

Vous répondrez à cette question en un développement composé, prenant appui sur les textes du corpus et sur ceux que vous avez lus et étudiés. (sujet EAF 2002, séries S et ES)

Une fiche méthode rédigée par Jean-Luc.

À partir de la question ou de la citation, il convient de souligner les mots importants. Ici « textes littéraires », « formes d’argumentation », « complexes », « de convaincre et persuader ». À partir de ces mots importants, nous recherchons des synonymes ou des antonymes, plus généralement des mots de ces champs sémantiques. Les liens qu’ils entretiennent pourront nous permettre de reformuler la problématique. Ainsi « textes littéraires » peut évoquer pamphlet, apologie, satire, apologue, libelle, diatribe, critique, thèse, réquisitoire, défense, genre littéraire… « Formes d’argumentation » appelle controverse, raisonnement, démonstration, explication, discussions, déduction, méthode, causalité, synthèse, syllogisme, spéculation, analogie, comparaison… « Complexes » peut suggérer intellectuel, culturel, subtil, alambiqué, code, ensemble, figures de style, richesse du vocabulaire, registres, symbole… « Moyen efficace » évoque l’existence d’autres moyens d’expression : images, discours oral, quotidien, revue, radio, bandes dessinées, peinture, sculpture, cinéma… « Convaincre » nous renvoie au champ lexical du rationnel, de la démonstration, de la construction intellectuelle. Il existe alors une certaine distance, un certain recul entre l’auteur et le sujet dont il débat. « Persuader », quant à lui, fait référence à l’émotion, à l’affectivité, à la modalisation, et même à la manipulation comme à la propagande. Ici l’auteur s’engage dans la controverse avec toute sa personne. Rejeter ses idées, c’est le rejeter lui-même. L’existence des deux termes de sens voisin oblige à une distinction des formes, des procédés d’argumentation. Nous voyons qu’ici le domaine de discussion est celui de la littérature engagée, militante, de la littérature de combat. Nous sommes dans la confrontation des opinions, des convictions, aux frontières du choc des idéologies.

À ce point de la réflexion, il faut envisager des limites, une éventuelle contradiction, pour ne pas se laisser enfermer dans l’acquiescement béat. Est-ce bien la vocation de la littérature d’être un outil au service d’une cause ? Ne devrait-elle pas se montrer plus désintéressée ? Est-elle un moyen efficace de propager ses idées ou ses convictions ? N’existe-t-il pas d’autres moyens plus efficaces que la littérature ? Notons d’ores et déjà un écueil à éviter : le corpus traite du sujet de la guerre, remarquons qu’il s’agit simplement d’un domaine d’application particulier de la question plus générale du débat d’idées. En conséquence, ce serait une erreur de choisir ses exemples seulement en ce domaine, même s’il est plus pathétique et mobilisateur. La consigne invite à donner son opinion en s’appuyant sur les textes proposés et sur les œuvres étudiées au cours du second cycle. La simple exploitation des textes doit permettre d’inventer une bonne part de vos arguments. C’est aussi l’occasion de montrer votre culture.

La recherche des idées

Par exemple que sais-je du sujet en littérature ? Je peux me rappeler quelques grands textes de la littérature engagée comme J’accuse de Zola au moment de l’affaire Dreyfus, ou les œuvres polémiques de Victor Hugo contre la tyrannie de Napoléon III, telles que Les années funestes, Napoléon le petit, ou l’engagement des écrivains sous l’occupation, ou encore le combat des philosophes au siècle des Lumières… À la question quand ? je peux aisément m’apercevoir que cet engagement des écrivains est constant dans l’histoire littéraire. À la question comment ? je peux noter que ce sont les formes polémiques qui semblent le plus souvent retenues. À la question pourquoi ? je vais vite me rendre compte qu’il s’agit d’enthousiasme ou d’indignation, que les textes qui ont eu le plus d’impact sont ceux où leur auteur s’est le plus engagé. Si j’aborde la question des limites (et donc celle de l’efficacité), je peux penser au risque de lassitude, de manipulation, de complexité qui me feront repousser le texte.

Il est alors très important, à la fin de cette phase de créativité, de relire ses notes et d’examiner si chaque idée répond bien à la problématique, c’est-à-dire n’est pas hors sujet. J’élimine alors impitoyablement ces idées. Si ces idées entretiennent quand même un rapport avec le sujet je peux éventuellement les utiliser dans la phase d’élargissement de la conclusion ou dans la phase de présentation de l’introduction.

L’organisation des idées

À partir de ce moment, je vais chercher à organiser ma production par des regroupements en parties. L’idéal en ce domaine est de pouvoir en définir trois, garantie d’un plan équilibré, en particulier ce rythme ternaire autorise le dépassement de la contradiction, tout l’art de la démonstration. Je me sers de la fiche « les plans », et je n’oublie pas qu’il s’agit d’un canevas que j’aurai à habiller, à personnaliser, pour répondre au sujet précis. À l’intérieur de chaque partie, je vais organiser mon argumentation par une progression du moins important au plus important, sachant que les arguments les plus efficaces seront mieux retenus s’ils sont placés à la fin. Chaque idée et les exemples qui l’illustrent constitueront un paragraphe. Les idées sont reliées entre elles par des connecteurs de présentation : d’une part, d’autre part ; d’abord, ensuite, enfin ; des connecteurs d’addition : de plus, en outre ; des connecteurs d’opposition ou de nuance : cependant, toutefois… Je n’oublie pas que chaque partie est reliée à la suivante par une transition, c’est-à-dire un résumé de la partie terminée et une annonce de la partie suivante. C’est alors que je m’occupe de la conclusion et de l’introduction, pour être bien sûr que ces deux parties essentielles soient en harmonie avec ma démonstration. L’introduction et la conclusion sont rédigées entièrement au brouillon, alors que les parties n’ont fait l’objet que d’un plan détaillé. L’introduction est rédigée selon trois parties : l’exposition, l’énoncé du sujet ou la problématique, l’annonce du plan. La conclusion est rédigée en deux parties : la conclusion proprement dite ou résumé de l’argumentation, l’élargissement. Au final, je n’oublie pas de me relire pour éliminer les scories : les fautes d’orthographe, les répétitions ou les mots passe-partout.

Introduction

Exposition : Les écrivains sont d’abord des hommes qui appartiennent à leur époque, et même, compte-tenu d’une sensibilité plus vive, qui participent plus étroitement aux affaires marquantes de leur temps. Aussi n’est-il pas étonnant de voir ces témoins mettre leur art au service d’une cause politique ou de courants de pensée. C’est ce que nous appelons la « littérature engagée ».

Énoncé du sujet : Il est légitime de se demander si ce type de littérature est efficace, en particulier si les textes qu’elle produit, malgré la complexité de leurs formes d’argumentation, sont un bon moyen de convaincre et de persuader.

Annonce du plan : Il est vrai qu’habituellement un bon écrivain arrive à nous faire adhérer aux idées qu’il défend. Cependant la complexité des moyens mis en œuvre peut être un frein et c’est souvent en dehors de la stricte argumentation que les hommes de lettres nous aident le mieux à rejoindre leurs causes.

Développement

→ La littérature est un bon moyen de convaincre et de persuader.

Définition de ces deux termes : "Convaincre" s’emploie pour exprimer le fait que l’auteur cherche à amener un lecteur à reconnaître qu’une proposition, qu’un point de vue est véridique, irréfutable. En ce sens la conviction repose essentiellement sur l’exercice de la raison qui avance des preuves.

"Persuader" s’utilise davantage pour dire que l’auteur cherche à faire partager au lecteur son point de vue en jouant sur les émotions, sur la subjectivité, sans forcément utiliser de preuves systématiques.

Dans le corpus proposé, les textes de La Bruyère et de L’Encyclopédie sont davantage des textes de conviction alors que Voltaire et Giraudoux cherchent d’abord à persuader.

La volonté de convaincre, donc de construire un raisonnement, utilise la logique comme arme privilégiée. La Bruyère, comme l’auteur de l’article "Paix", énonce des faits que nul ne peut réfuter. La logique se voit également dans l’opposition entre l’état de Paix et la guerre.

L’Encyclopédie utilise un autre procédé : l’analogie qui consiste à comparer deux faits, deux situations pour en déduire une valeur explicative, ici la guerre assimilée à la maladie et la paix à la bonne santé. De fait on peut remarquer que l’auteur énonce une thèse subjective sous une forme apparemment scientifique. Nous sommes proches de la persuasion et même de la manipulation du lecteur.

Par contre, si l’auteur veut davantage toucher le lecteur dans son âme, faire plus appel à ses sentiments qu’à sa raison, il peut employer un ton plus lyrique.
La Bruyère utilise la dramatisation pour nous persuader avec les exclamations du début, l’accumulation des qualités qui nous fait regretter un peu plus la disparition du jeune Soyecour, pour finir sur un mode mineur et revenir à l’aridité de la logique : « malheur déplorable, mais ordinaire ! ».

De même, le texte théâtral, parce qu’il s’adresse très directement à des spectateurs présents dans une salle, joue peut-être davantage sur la persuasion. En effet, le théâtre est un lieu où se trouvent réunis des personnes qui éprouvent collectivement des émotions semblables.

Un autre procédé efficace pour convaincre ou persuader peut être relevé dans le corpus : il s’agit de l’ironie. Lorsque Voltaire veut dénoncer la guerre, il construit une fiction dont le but est de ridiculiser tout belligérant quelles que soient ses justifications. Dans Candide, il dénonce la guerre entre les Abares et les Bulgares, en montrant une réalité horrible, mais surtout absurde. Ainsi l’ironie est une composante essentielle de la stratégie argumentative.

→ Cependant la complexité des moyens mis en œuvre peut être un frein.

Être efficace signifie que le lecteur (ou le spectateur) modifie son point de vue sur une question précise ou commence à réfléchir sur un phénomène auquel il ne pensait pas auparavant.

De ce point de vue, il convient de relever que la littérature est plutôt élitiste : elle s’adresse (et particulièrement au XVIIIe siècle) à un public cultivé. Écrire suppose un lectorat. Un petit nombre seulement de personnes cultivées ont lu, en leur temps, les philosophes des Lumières.

On peut penser que le texte théâtral touche un nombre plus important de personnes. Mais, là encore, seule une fraction bien précise de la société se rend plus ou moins régulièrement dans une salle de théâtre. Les spectateurs de La Guerre de Troie n’aura pas lieu ne sont pas légion.

Enfin les procédés stylistiques de l’argumentation nécessitent une certaine culture, une connaissance de la langue, de l’histoire, des idéologies. Que penser du lecteur qui prendrait au pied de la lettre la fin du texte de Voltaire ? À quelles extrémités serait porté celui qui lirait l’argumentaire de Montesquieu sur l’esclavage sans en saisir l’ironie ?

→ C’est peut-être en dehors de la stricte argumentation que les écrivains nous aident le mieux à rejoindre leurs causes.

C’est dans les œuvres de fiction, par l’intermédiaire d’une histoire ou d’un monde qui nous remue que les écrivains sont lus. L’article « guerre » nous paraît plus efficace que l’article « paix ». Dans le second, l’auteur expose de manière aride les avantages de l’état de paix alors que, dans le premier, Voltaire nous captive par le charme d’une fable qui se termine d’ailleurs par un apologue. De la même manière, son Candide, roman sentimental et roman d’aventure, nous touche plus que ses articles du Dictionnaire philosophique. C’est si vrai que Voltaire, désireux de toucher un large public a choisi la forme du conte philosophique pour diffuser ses idées subversives. De même Les Misérables de Victor Hugo ont beaucoup plus contribué à faire avancer le socialisme militant que les œuvres théoriques des penseurs sociaux.

Et si les œuvres écrites ne connaissent pas toujours une large diffusion dans le public, leur capacité à convaincre et à émouvoir lorsqu’elles empruntent les canaux de la fiction, en font une source appréciée pour les adaptations au cinéma ou à la télévision, ce qui leur donne la notoriété. On peut penser à l’œuvre cinématographique de Stanley Kubrick avec notamment Orange mécanique qui a fait connaître le roman de l’écrivain anglais Anthony Burgess, un conte philosophique et satirique de politique-fiction dont le ton est proche du Candide de Voltaire, et qui est traversé de références à Swift ; ou bien encore à Barry Lyndon, récit de la déchéance d’un « hors-la-loi » social, méprisant, amoral et arriviste d’après le roman de William Thackeray.

Enfin certains courants littéraires ont affirmé avec force que la vocation de la littérature n’était pas d’abord de prouver, d’être utile ou morale. Pour des écrivains comme Baudelaire, Mallarmé, Gautier, le Parnasse, le plus souvent des poètes il est vrai, la littérature n’a pas à rechercher l’utilité et l’efficacité mais plutôt la beauté et le plaisir. Pour eux, d’une certaine manière, persuader ou convaincre, c’est avilir l’art.

Conclusion

Synthèse : Comme nous l’avons vu, les écrivains, souvent persuadés qu’ils avaient un rôle de guide à assumer à l’égard de leurs contemporains, se sont naturellement servis de toutes les ressources de leur art pour faire avancer leurs idées au risque de rebuter leurs lecteurs par la complexité des formes d’argumentation employées. En fait les textes majeurs que nous continuons de lire aujourd’hui sont ceux qui échappent aux règles strictes du genre argumentatif par leur fantaisie, leur originalité, leur capacité à nous émouvoir, par les récits auxquels ils nous convient. Dans la mesure, où le texte littéraire ne recherche pas seulement une efficacité immédiate dans une démonstration rationnelle, mais qu’il est capable de nourrir aussi le plaisir du lecteur, il peut devenir intemporel et continuer de nous intéresser.

Élargissement : Pourtant on peut regretter qu’aujourd’hui, la littérature, prisonnière de sa complexité, ne soit plus le vecteur privilégié pour défendre une cause auprès du grand public. Cinéma, chanson, bandes dessinées, d’un abord plus facile, ont désormais pris la relève.

Testez vos connaissances !

Avez-vous bien compris cette fiche de méthode ?

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Séries S et ES - Corrigé de la dissertation

Dans quelle mesure la forme littéraire peut-elle rendre une argumentation plus efficace ?

Vous appuierez votre développement sur les textes du corpus, vos lectures personnelles et les œuvres étudiées en classe.

Ce corrigé a été rédigé par Jean-Luc.

D’abord il convient d’expliquer l’expression « la forme littéraire ». Le sujet ne vise sans doute pas les genres littéraires sinon il aurait utilisé un pluriel. Cette expression se comprend donc sans doute comme la littérature en général dans les techniques qui lui sont propres, c’est-à-dire la création d’un univers personnel et le traitement particulier de la langue, l’art de bien dire.
Il fallait sans doute définir aussi l’efficacité, c’est-à-dire la mise en œuvre de moyens proportionnés aux résultats voulus et attendus.
Pour le plan détaillé qui suit, je me suis borné à relever mes exemples dans les textes du corpus pour montrer qu’une bonne exploitation du matériau fournit plus des trois-quarts des arguments.
Il est possible que ce choix pédagogique donne à ce corrigé l’apparence d’un raisonnement contraint, voire excessif.

Introduction

Docere, placere, instruire, plaire, plaire surtout, voilà la grande règle qui dirige la république des lettres depuis l’Antiquité. Faire partager son opinion, éclairer ses contemporains, participer aux débats intellectuels de son temps, voilà des motifs qui ont souvent conduit un auteur à se lancer dans l’écriture et la publication de son œuvre. Certaines productions ont su trouver leur public, d’autres non. Il est tentant d’en rechercher les raisons non seulement dans la force de conviction de ces ouvrages mais encore dans leur habileté à séduire le lecteur.
Il est donc légitime de se demander dans quelle mesure la forme littéraire peut rendre une argumentation plus efficace.
Si la « forme littéraire » est l’expression écrite travaillée selon des principes artistiques, la question précédente revient à examiner en quoi la création littéraire et la maîtrise de la langue qui doit l’accompagner peuvent ajouter à la conviction et à la persuasion d’autrui.
Il est vrai qu’une œuvre naît la plupart du temps d’une évidente envie d’expulser ce qui habite le cœur de son auteur, toutefois la complexité des moyens mis en œuvre peut constituer un frein. Il appartient donc à l’écrivain de trouver les justes passerelles pour rejoindre son lecteur.

1. Écrire, c’est concevoir un projet personnel né d’une évidente envie de communiquer, organisé par l’art de la composition, discipliné par la connaissance des possibilités de la langue.

  • Les trois textes s’enracinent dans une nécessaire indignation, plus mesurée chez La Bruyère, plus véhémente chez Hugo et Prévert.
  • De cette colère devant l’inacceptable naît le désir de faire changer le lecteur. L’acte d’écrire, la pensée qui se coule dans les mots devient une manière d’agir sur les événements. La parole véhicule une charge affective importante qui vient heurter de plein fouet le lecteur. La science de l’impact évocateur des mots est le premier pouvoir de l’écrivain. Par exemple, La Bruyère fait surgir la destruction, la mise en pièces, « il manie les viandes, les remanie, démembre, déchire [… elles] dégouttent ». Plus loin, ce sont les termes de « mort » puis d’ « extinction du genre humain » qui sont convoqués. Hugo joue sur la peur lui aussi avec « hagard », « écorchés », « sanglants », « terrible », « spectre de la misère, […] apparition, difforme, lugubre, […] ténèbres, […] catastrophe ». Prévert distille la même inquiétude avec le lexique du fait divers « égorgé en plein jour / l’assassin le vagabond lui a volé / deux francs » ce qui rend si « terrible » le bruit pourtant si anodin de l’œuf dur cogné contre le comptoir…
  • L’auteur doit alors envisager les moyens de plaire au lecteur, de le séduire pour mieux l’impliquer. Entendons-nous bien, la séduction n’est pas forcément synonyme de cajoleries, d’affadissements lénifiants, de basse flatterie. C’est même souvent le contraire, il s’agit alors de réveiller les esprits anesthésiés, de se les attacher par le choc salutaire, la violence contenue. L’écrivain doit définir une stratégie adaptée au lecteur auquel il s’adresse : quel genre ? Quelle tonalité ? Quel registre de langue ? La Bruyère qui écrit pour des gens cultivés, des nobles ou de riches bourgeois, manie les dangers du ridicule, l’arme de la satire, les références culturelles. Hugo qui s’adresse à la petite bourgeoisie et à ses amis républicains préfère l’art du journaliste : les petits détails judicieusement choisis, la lente montée vers l’inacceptable, pour finalement vitupérer l’aveuglement des nantis. Prévert, en titi montmartrois (bien que né à Neuilly), écrit pour le petit peuple parisien : il choisit l’univers du bistrot et le fait divers horrifiant.
  • L’auteur doit se poser surtout la question éminemment stratégique de l’argumentation directe ou indirecte, du discours argumenté ou du recours à l’apologue fictionnel. La Bruyère a retenu le portrait et sa leçon implicite, laissant à son lecteur écœuré le soin de condamner Gnathon. Hugo a retenu l’apologue, choisi soigneusement une présentation antithétique pour clore son propos sur une prophétie apocalyptique. Prévert se coule dans une scène de rue apparemment anodine pour laisser monter le désir hallucinant, puis, par l’ellipse finale et les liens implicites, déboucher sur l’horreur absurde censée culpabiliser les bien-pensants.

Si le passage à l’écriture naît d’une impulsion irrépressible, il nécessite des opérations intellectuelles et artistiques complexes notamment par des choix cohérents et significatifs.

2. C’est justement cette complexité des moyens mis en œuvre qui peut constituer un frein à l’efficacité de l’argumentation.

  • Au premier abord, l’abondance des notes indique bien que le premier obstacle réside dans le vieillissement du lexique et le registre de langue. Dans le premier texte, des termes comme « réplétion », « établissement », « équipement », « hardes »… ne sont pas à la portée du premier venu. À l’inverse, les familiarités du poème de Prévert sont tout autant difficiles à saisir pour certains lecteurs : « s’en foutre », « Potin », « flics »…
  • De même l’intertextualité et les références à un environnement culturel particulier ne facilitent pas l’approche du texte. Pour des lycéens français qui n’ont pas étudié le grec, le sobriquet de Gnathon ne pourra être interprété. La fin du texte et ses références religieuses implicites avec « rachète » et « extinction du genre humain » qui pourraient être comprises dans un environnement culturel chrétien risquent de passer inaperçues aujourd’hui.
  • Un autre frein peut être découvert dans les dangers de la caricature : La Bruyère a choisi de ridiculiser Gnathon avec le risque que ses lecteurs refusent de se reconnaître dans ce goinfre malappris, dans ce sans-gêne provocateur, auquel cas ils ne se corrigeront pas de leur égoïsme moins affiché. Les lecteurs de Prévert horrifiés par le crime du chemineau risquent de se détourner du malheureux. La caricature peut faire craindre au lecteur d’être manipulé : à trop déformer, l’auteur peut être suspecté de vouloir tenir la main. Pourquoi la duchesse ne regarde-t-elle pas le voleur de pain ? Serait-ce le mépris ? le déni ? C’est peut-être tout simplement le fait d’une mère fascinée par son enfant…
  • Mais le risque majeur est celui de ne pas être compris. À vouloir suggérer en maniant l’implicite, l’auteur permet au lecteur bien des nuances dans l’interprétation, ouvrant ainsi la porte au contresens. Et si le lecteur ne voyait dans Gnathon qu’un goinfre répugnant au lieu de l’égoïste forcené ? Que se passerait-il si le lecteur peu attentif n’était pas sensible au raccourci brutal voulu par Prévert grâce à l’ellipse de la structure narrative ?

Le texte élaboré reste donc une forme fragile, comme une bouteille jetée à la mer qu’aucun bateau peut-être ne recueillera. Comment la « forme littéraire » peut-elle aider alors à surmonter ces écueils ?

3. Le travail de composition et de mise en forme de l’argumentation doit obéir à un certain nombre de règles qui permettront au texte de survivre. Il s’agit pour l’essentiel de revenir à un vieux fond commun à l’humanité.

  • Pour persuader, l’écrivain va jouer avec les émotions primaires du lecteur. La Bruyère fait monter en nous la répulsion devant cette mâchoire qui broie tout ce qui passe à proximité, Hugo cherche à réveiller les esprits par la peur en prophétisant un bouleversement de société, Prévert travaille son lecteur pour lui donner mauvaise conscience.
  • L’auteur doit s’efforcer de transcender les contingences de son époque : culture, idéologie, clichés, modes intellectuelles ou artistiques. Il lui faut passer du particulier à l’universel. La vérité humaine est à ce prix. La Bruyère dépasse la convention du portrait à clef, Hugo ne se contente pas de croquer une scène de rue, Prévert ne nous délivre pas une ritournelle à la guimauve facile. Ces trois auteurs sont allés à l’essentiel : l’égoïste est moins celui qui se sert en premier qu’un homme au regard malade. L’égoïste est celui qui ne sait plus voir l’autre.
  • Tous les trois cherchent à éduquer notre perspicacité en relevant le détail significatif, l’attitude, le geste qui, en d’autres circonstances, seraient passés inaperçus. Par exemple, La Bruyère note que son glouton « occupe lui seul [la place] de deux autres » ; voilà que le goinfre sans crier gare, dès le début, est déjà le dévoreur de l’espace vital d’autrui. Hugo découvre dans le pauvre hère « le spectre de la misère », c’est-à-dire le revenant qui vient réclamer vengeance et justice comme le père d’Hamlet sur les remparts d’Elseneur. Avez-vous remarqué l’humour noir de l’addition chez Prévert ? « Et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon… »
  • Malgré les accumulations, le véritable écrivain simplifie en opposant, épure, met en perspective. L’auteur des Caractères trace un tableau contrasté du goujat qui peu à peu envahit l’espace, absorbant les biens ou rejetant dans le néant les êtres qui le côtoient. Le tout et le rien sont saisis dans le même mouvement. Hugo pense par antithèse : d’un côté, la souillure, la grisaille, la saleté ; de l’autre, l’éclat, « le damas bouton d’or », une femme « fraîche, blanche, belle, éblouissante »… Le peintre Hugo, maître de l’encre, pose des valeurs plus que des couleurs. Prévert focalise sur les sardines dans leur coffre-fort, sur l’œuf dur…
  • La « forme littéraire » doit donner un écrin à la pensée, synthétiser les observations en une maxime, un proverbe. La complainte de Prévert n’aurait probablement pas dépassé une notoriété restreinte si elle n’avait pas été publiée dans Paroles. Prévert, qui a tiré de son expérience surréaliste le mélange de l’onirisme à la réalité quotidienne, produit une alliance incongrue et surprenante : désormais nous n’entendrons plus de la même manière le heurt de l’œuf dur sur le comptoir. La Bruyère nous réserve, dès le début, une formule lapidaire bien contrastée, « tous les hommes ensemble sont à son égard comme s’ils n’étaient point », où tout est déjà dit. Quant à Hugo, il nous assène ce face-à-face lourd de conséquences, « Cette femme ne voyait pas l’homme terrible qui la regardait ».

Conclusion

La « forme littéraire » est donc un état particulier de la langue, un moule dans lequel un écrivain coule une pensée incandescente. L’auteur, dans son désir de toucher le lecteur, doit recourir à toutes les possibilités expressives du langage, donnant à ce dernier un statut nouveau par la concentration des effets. Cette richesse et cette complexité de l’argumentation peuvent dérouter le lecteur, et même le conduire sur de fausses pistes. C’est pourquoi le véritable écrivain n’aura de cesse de polir sa thèse pour la simplifier, la mettre en perspective, accéder à la vérité au-delà des apparences, et ramasser son expérience dans des formules sentencieuses. L’œuvre produite peut alors accéder à l’intemporalité et à l’universalité, prendre place dans nos bibliothèques sur le rayon des classiques.
Cette ascèse, fruit de longues heures de travail, semble cependant moins appréciée dans notre civilisation consumériste et gaspilleuse. Si l’on ajoute le goût du sensationnel, le prêt-à-porter idéologique, l’instrumentalisation des consciences, le refus des exigences de toutes sortes, on comprendra aisément que la « forme littéraire » éprouve de plus en plus de difficultés à trouver son public. Il est bien possible que nos contemporains aient gardé simplement du docere, placere, le désir de plaire à tout prix : nous sommes peut-être entrés dans l’ère de la littérature de masse.

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